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Axe 2 – LIAS

2. Formes 
symboliques 
et 
objets
 culturels


Les recherches dans cet axe ont pour thème général l’étude des formes et activités symboliques et pour but, à partir d’une relecture critique de l’œuvre de Cassirer, un élargissement de la perspective transcendantale à ses soubassements symboliques qui prenne en compte les acquis linguistiques et anthropologiques des recherches contemporaines. Quatre projets spécifiques seront entrepris :

2.1 – Une
 réorientation
 socio‐sémiotique
 de
 la
 notion
 de
 forme
symbolique (Jean Lassègue)

Par forme symbolique, il faut entendre tout schème d’interaction rendant possible la transmission de valeurs par l’entremise d’un medium sémiotique se formant de façon concomitante à l’interaction elle-même. Située au cœur d’un réseau d’activités, qu’elle régule et anticipe ; une forme symbolique s’incarne alors dans un ensemble de productions sémiotiques porteuses de valeurs spécifiques.

Dans cette nouvelle voie de recherche, la notion de forme symbolique reçoit trois infléchissements capitaux par rapport à sa constitution première chez Cassirer : premièrement, elle se conçoit dans une problématique directement socio-sémiotique, même si la notion philosophique de transcendantal, telle qu’elle est élargie par Cassirer aux formes culturelles, en constitue la filiation. Deuxièmement, elle implique une prise en compte plus précise du régime pratique de son élaboration, à partir des outils d’analyse élaborés par l’anthropologie sociale (rôle du rituel, des techniques, des conditions sociales d’élaboration des règles et de leurs transmissions). Troisièmement, elle se distingue profondément des modèles évolutionnistes d’émergence des activités symboliques, dont l’épistémologie spontanée est généralement mentaliste, référentialiste et utilitariste, et propose un cadre théorique nouveau dans lequel l’interaction entre les agents et l’usage fictionnel des signes et des techniques élaborés en commun rend compte de ce qui est considéré comme utile. Si la pensée cassirerienne est bien profondément génétique, sa reprise dans un cadre scientifique contemporain de type émergentiste constitue cependant un objectif de recherche en lui- même : il s’agit de proposer un cadre théorique nouveau dans lequel la valeur dérive des interactions anticipatrices entre les agents, et dans lequel les usages directement pratiques ne s’élaborent qu’en symbiose avec les usages « fictionnant » des signes et des techniques, élaborés sous l’égide de normes d’évaluation et de sanction. On cherche ainsi à rendre compte de l’origine et de l’intrication des dimensions pratiques et fictives propres à toute interaction sociale, la ritualisation des conduites allant de pair avec la formation de jeux sémiotiques eux- mêmes susceptibles d’une mise en forme narrative.

2.2 – L’apparition de
 l’informatique
 dans 
l’histoire
 de 
l’écriture (Jean Lassègue)

Le « terrain » sur lequel porteront ces recherches est l’informatique conçue comme un phénomène culturel engageant une nouvelle étape dans l’histoire de l’écriture. On peut alors montrer d’une part, que le formalisme hilbertien en tant que base épistémologique de l’informatique est l’héritier de la structure d’anticipation propre au déterminisme physico- mathématique tel qu’il a été conçu à partir de Galilée ; d’autre part, que ce même formalisme ne peut pas être conçu sans le support technique de l’écriture et de certains outils techniques qui se sont développés à sa suite : alphabets, grammaires et dictionnaires. Il y a donc des liens à clarifier entre l’idée de déterminisme physique, celle de finitisme logico-mathématique et la propension à outiller techniquement les langues. Or la révolution galiléenne a été précédée par une révolution dans l’attitude à l’égard du matériau linguistique : à partir de la Renaissance, la revendication d’un besoin de règles écrites pour les langues (grammatisation des vernaculaires européens et extra-européens) et la mise en place d’un outillage technique des langues (dictionnaires unilingues) sont les signes d’un profond changement dans le régime symbolique. C’est cette archéologie de l’informatique où se conjugue déterminisme physico-mathématique et outillage technique des langues qui sera étudiée en détail.

2.3 – Architecture 
alpine 
et
 rôles
 sexuels
 en
 Europe (Emmanuel Désveaux)

Il s’agira de poursuivre l’enquête sur l'architecture alpine de type « bois sur bois ». Elle présente un intérêt particulier car nous pouvons la considérer comme un phénomène de production sémiotique articulé sur de la variation (et pas seulement de la variante) qui apparaît directement inspirée par une logique d'inversion (équivalente à de la logique transformationnelle de type lévi-straussien). Idéalement, il s'agira d'étendre l'enquête à tout l'arc alpin (soit environ une centaine de vallées) avec pour but de recenser l'ensemble des formes prise par ce type de maison. On peut faire remonter raisonnablement l'apparition de ces formes au XVIe ou au XVIIe siècle. Il est frappant d'observer alors qu'elles échappent encore complètement à la normalisation de l'architecture vernaculaire qui, en pays de Plaine, en France du moins, résulte de l'imposition progressive du modèle de la Maison rustique de Charles Estienne. En ce sens, on peut alors parler, dans le cas des hautes vallées alpines, d'une émergence de formes sémiotiques propres, ce qui fait écho aux travaux de Jean Lassègue en référence à Cassirer. Il s'agira d'une part de dégager une grammaire des ces formes (ce qui, pour étonnant que cela puis apparaître, n'a jamais été fait de façon systématique jusqu'à maintenant), d'autre part, de mettre à l'épreuve l'idée selon laquelle cet habitat de bois traduit non pas une adaptation à des conditions géographiques objectives, mais une expression du caractère frontalier de ces régions alpines où se rencontrent des traditions radicalement distinctes de dévolution du patrimoine : régimes à héritier unique versus régimes à partage égalitaire, eux-mêmes associés respectivement avec le domaine latin et le domaine germanique. La maison de bois est ce qui susceptible d'être partagé (les bois étant démontables), mais ne l'est jamais en réalité.

On cherchera alors à mettre en corrélation des formes d'organisation sociale et des formes de production symbolique de premier (la maison étant conçue comme une des réalisations culturelles parmi les plus importantes). La discussion se situera alors également dans la continuité de nos travaux antérieurs portant sur les rôles respectifs du masculin et du féminin dans l'univers occidental, et notamment l'objectivation très poussée, dans ce contexte culturel donné, du second par le premier. Une des pistes envisagées consistera également à tenter une comparaison systématique des cultures latines (essentiellement française) et allemande, à l'aune précisément des définitions des espaces domestiques et du rôle qu'y occupe chacun des sexes.

2.4 – L’agentivité :
 pour
 une
 approche
 conventionnaliste (Michel de Fornel)

Cet axe de recherche se situe dans le prolongement du volume 1 de l’Atelier Agentivité (2010), a pour objet l’agentivité des entités surnaturelles du monde amérindien. L’orientation privilégiée est celle de l’ethnopragmatique, appliquée au domaine du rituel. Le thème de l’agentivité en anthropologie doit une grande partie de son efficacité au fait qu’il opère un décentrement du sujet humain intentionnel au profit d’une multiplicité d’agents, qu’ils soient humains ou non humains. Est mis le plus souvent en jeu un principe de symétrie qui, s’il a contribué à l’abandon d’une conception du sujet souverain, n’a pas signifié pour autant l’adoption véritable d’un point de vue praxéologique centré sur les réseaux de relations entre les entités humaines et non humaines ainsi que sur les modalités d’interaction qu’un tel décentrement serait en droit d’impliquer. Une vision mentaliste de l’agentivité continue en effet à prévaloir, qui situe du côté des croyances et des représentations mentales le fondement de l’objectivité. Est-il possible de faire des non humains, en particulier des entités surnaturelles et des médiations qu’elles peuvent emprunter, des agents de plein droit sans être obligé de recourir à la seule détermination de leur causalité intentionnelle propre ? Peut-on ne pas réduire l’abduction d’agentivité à une forme d’abduction de subjectivité ? La présente recherche partira de l’hypothèse que deux conditions sont requises pour substituer un modèle conventionnaliste de l’agentivité au modèle intentionnaliste, tout en conservant la perspective relationnelle et contextuelle : 1) privilégier un modèle sémiotique à un modèle causal de l’index ; 2) accorder un rôle central au langage.

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